Claude St-Jacques, La découverte de soi

Magazinart, 10e année, no 4 été 1998, J.C. Leblond

Certains artistes se contentent de montrer à un premier niveau ce qu'ils voient. D'autres s'assignent une mission différente et s'imposent la difficile discipline d'indiquer modestement ce qu'il y a au-delà du regard. C'est le défi que Claude Saint-Jacques épouse dans une démarche picturale sans concession où recherche de soi et recherche de l'autre sont confondues.

Oeuvre après oeuvre, un combat sans merci de l'ange s'engage contre la confusion de ce qui surgit sans cesse dans cette recherche éperdue de soi. Parce que, malgré tous les avertissements, c'est toujours de soi dont il est question, même quand l'artiste se met à la recherche de l'autre. Mais, paradoxalement, l'inverse est tout aussi vrai, c'est toujours de l'autre dont il est question quand on est à la recherche du soi.

Et cette recherche transite par le corps, son propre corps, le corps comme conducteur, comme transiteur vers l'âme. On ne pourra atteindre l'un sans passer, sans réellement transiter par l'autre. C'est également en ce sens que l'on dit parfois que le corps est le temple de l'âme

L'élongation du corps filiforme étiré, en état de célébration de la vie, le caractère expressionniste de la composition, les effets de texture sur la toile ne sont pas sans rappeler Giacometti chez qui, dans un registre différent, ne cessent d'alterner tourment et apaisement, cri et silence.

Là réside précisément l'authenticité de la démarche de Claude Saint-Jacques, inévitable passage à travers le reflet de Narcisse et dépassement vers l'autre dimension plus intérieur de soi. L'exercice se présente comme une quête inlassable qui se poursuit d'un tableau à l'autre, sans fin, sans espoir de jamais atteindre la vérité finale. Et pourtant, oeuvre après oeuvre, c'est une parcelle de cette même vérité qui surgit, qui se dévoile, se découvre avec une pudeur que les couleurs sombres viennent renforcer.

À travers l'oeuvre, quelque chose veut se dire, cherche à émerger. Ou alors, quelques chose ose à peine se dire par crainte, par pudeur, par honte, d'où les mots presque effacés qui émergent ici et là comme des palimpsestes où pudeur et audace se confondent.

Quand Flaubert déclara : &laqno; La Bovary, c'est moi », il affirmait clairement les multiples visages, l'infini variété des masques que l'artiste se donne le droit de décrire, de dévoiler, de porter. C'est en même temps l'affirmation du caractère polysémique, polyvalent de l'être qui, à la fois, se compose et se décompose indéfiniment dans ses personnages, dans les multiples facettes de lui-même. C'est ce qui semble décrire le mieux les oeuvres de Claude Saint-Jacques qui, dans le silence de son atelier poursuit le rêve, fixe l'instant de l'illusion fugace d'une vérité toujours en train de se dérober. Quête dérisoire certes, mais en même temps, quête essentielle qui fait de l'humain ce qu'il est et qui répond au mieux à l'injonction sociatique: " Connais-toi toi-même ".

 

J.C. Leblond

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