Claude Saint-Jacques à la Galerie Simon Blais

L'ARTISTE DERRIÈRE LA TOILE

Guide Mont-Royal, 4 mai 1993, Lucie Dufour

 

C'est à force de parler avec des artistes de leur démarche créatrice ou d'avoir le privilège d'assister à l'acte créateur que certaines personnes finissent par être touchées par les oeuvres d'art. En plus d'exposer les toiles récentes de Claude Saint-Jacques, la Galerie Simon Blais présente le clip-art Tic tac toe où l'on voit l'artiste en plein travail. Le vidéo, réussi, a le grand mérite de démystifier le geste de l'artiste.

Sans même avoir vu le clip, on est touché par les grandes toiles aux couleurs sombres et éclatantes mêlées, par les toutes petites touches de rouge qui attirent l'attention, par les ors chauds, des couleurs qui peuvent rappeler celles des vases de la Grèce antique.

Des inscriptions qu'on n'arrive pas à décrypter, des nombres, 1, 2, 3, 4, 5, parsèment les toiles; ils sont le résultat du grattage de la toile peinte. &laqno; Comme si je signais partout », dit-elle. Ces inscriptions sont une sorte de peinture rupestre moderne. L'artiste veut créer l'impression de l'ancien &laqno; sans que cela fasse vieillot »; elle tient à ces références du début des temps, exprime-t-elle en entrevue. Tout comme les nombres grattés sont aussi importants pour elle; ils représentent &laqno; des années qui ont marqué ma vie, ils sont un peu comme une signature. »

Après avoir vu Pénélope, la série des Indochine et celle des Hiéroglyphes, mais aussi Corail et les autres, le clip-art nous attend. On y voit l'artiste dans un corps à corps avec la toile, les mains pleines de peinture, puis grattant la toile. Des gestes énergiques, que l'on devine épuisants. Le réalisateur Jean-Louis Coté a fait un vrai clip: mouvements rapides de la caméra, partant d'un détail, elle prend un recul pour voir l'ensemble. La musique de Richard Lord et Jean-Claude Marsan épouse la gestuelle de l'artiste.

Au départ, Mme Saint-Jacques voulait jumeler une peinture en direct au vernissage de son exposition. Peindre avec les mains, se salir, est incompatible avec &laqno; la femme proprette et bien mise qu'on voit les soirs de vernissage ». De là est venue l'idée du clip. &laqno; Je pense qu'on gagne à sortir l'activité artistique de l'atelier, même si par définition elle est solitaire... Sans compter que pour le public, ça peut être amusant comme tout de découvrir ou mieux connaître l'artiste derrière la toile. »

Créer devant la caméra, une expérience bien différente pour l'artiste habituée à peindre seule, mais qu'elle a tenu à nous faire partager... et c'est heureux.

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