VIES D'ARTISTES...

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Mario Cyr, Parcours - l'informateur des arts, printemps 95

 

Claude Saint-Jacques

Après les mots...

Elle peint des corps. Des corps qui ont une histoire d'amour à raconter.  Et cette histoire, Claude Saint-Jacques l'écrit d'abord sur la toile, gravant ses mots dans la première couche d'acrylique, encore humide. Des mots qui annoncent le corps qui se dégagera.  La couleur viendra ensuite recouvrir, masquer. gommer cette écriture trop personnelle sans doute. Seuls quelques mots subsisteront ici et là. 

L'artiste offre l'image ayant surgi, mais elle garde les mots pour elle.  Parce que la couleur vient ainsi dissimuler l'écriture.  Claude Saint- Jacques a intitulé Après les mots l'exposition qu'elle présentera en avril à la Galerie Estampe Plus dans la vieille capitale.  Le corps est seul sur la toile (à une ou deux exceptions près).  Un corps sans sexe, sans visage, sans trait.  Un corps indéfini, impersonnel. "Un corps toujours mince et  élancé.  L'image que j'ai du corps idéal."  D'une  toile à l'autre, le même mouvement se retrouve.  Le corps est ouvert, les bras levés vers le ciel comme pour s'arracher, se soustraire aux lois de la gravité.  Un corps qui refuse d'être retenu, entravé.  Un peu à l'image de cette femme déterminée et passionnée, rebelle à toute contrainte, jalouse de sa liberté et qui a organisé toute sa vie de façon à demeurer libre.

Dans ses toiles, Claude Saint-Jacques utilise beaucoup la couleur métallique.  De l'or.  Du bronze.  Du métal qu'elle cherche à rendre chaleureux et qu'elle apprécie pour sa luminosité, son éclat.  Aux reflets du métal s'ajoute la densité d'un bleu riche et profond, presque noir, qu'elle a elle-même créé.  À l'occasion, un soupçon de rouge.  L'artiste se contente de ces seules couleurs. L'acrylique est appliqué par couches successives, essuyé, tamponné sur la toile, ce qui lui donne un aspect vieillot, un effet de  patine. 

Comme on le verra dans le clip-art vidéo qui  porte le même titre que son exposition et qui  l'accompagne.  Claude Saint-Jacques attaque la toile corps à corps.  Le mouvement est ample, large, instinctif.  Parce que son geste requiert de l'espace, elle utilisera fréquemment le grand format.  Accroupie devant la toile ou penchée sur elle, elle peint avec ses mains.  Mains recouvertes, graissées de couleur.  Elle n'utilisera l'outil que pour graver l'acrylique, lui taire prendre une texture.

Mario Cyr

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