Exposition Claude Saint-Jacques

Michel Bois, Le Soleil, Québec

8 novembre 2003

 

Il faut aller voir chez Estampe Plus les curieuses et séduisantes peintures de Claude Saint-Jacques. Sous le titre d'Oeuvres récentes (l'artiste déteste les titres précis, réducteurs selon elle), l'exposition contient près d'une vingtaine de toiles montrant des corps de femmes peints sur des fonds terreux, parfois cuivrés, sanguins, mielleux ou rutilants. Au plaisir que procure la vue de ces peintures se mêle une impression trouble. Le visiteur, devant ces oeuvres, se trouve projeté au centre d'une scène où l'action a déjà commencé.

Nous sommes les spectateurs d'une sorte de journal autobiographique, où des corps tissent les brides d'une recherche d'identité personnelle. "J'aime peindre la nuit pendant que tout le monde dort. J'aime peindre spontanément et sans considérer le temps qui passe", confie l'artiste. Des corps de femmes sans tête, ni bras, ni pieds, créent une sorte de métamorphose qui ne cesse de se perpétuer sous nos yeux. Saint-Jacques nous invite à pénétrer dans un univers poétique. Pourquoi sans tête ni bras? "Ce qui m'intéresse, c'est l'intériorité du corps pour me rendre jusqu'à l'âme. Les pieds, les têtes, les bras me ramènent trop à une sorte de portrait et à l'apparence extérieure d'un personnage", dit la peintre montréalaise.

Voilà donc un art en quête d'une identité, une peinture filtrant à travers les perceptions du propre corps de l'artiste, comme s'il s'agissait d'une inconnue. Possédant le charme merveilleux d'un conte, les oeuvres de Claude Saint-Jacques sont dictées par l'inconscient de la nuit, mais aussi par des mots, sans lien aucun, qu'elle inscrit ici et là sur la toile. "Je pars de l'idée que chaque corps a une histoire, explique-t-elle. N'est-ce pas là, une manière de témoigner de la condition humaine?"

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